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Boire un jour la Romanée-Conti: le parcours du combattant!

Boire un jour la Romanée Conti

Oui vous savez la Romanée-Conti, ce Bourgogne rouge légendaire qui coûte la bagatelle de 10 000 euros la bouteille et que même les milliardaires n’arrivent pas à trouver…
Voici en exclusivité 5 idées pour boire un jour la Romanée-Conti et vivre cet instant d’anthologie.

Idée n°1 pour boire un jour la Romanée-Conti: Economiser… toute votre vie

Une petite précision pour commencer (car ça va mieux en le disant) : Vous ne pouvez pas vous pointer comme une fleur dans le charmant village de Vosne-Romanée près de Dijon et faire une petite dégustation au Domaine de la Romanée-Conti (DRC pour les intimes).
Car la Romanée-Conti n’est produite qu’en très petites quantités, 6 000 bouteilles par an. Le vin provient exclusivement des vignes de Pinot noir cultivées en biodynamie sur une parcelle de 1,6 hectare. A titre de comparaison le Château Latour, un des plus grands Bordeaux produit environ 220 000 bouteilles par an et possède 65 hectares. Vous vous imaginez donc bien qu’on n’y débouche pas les bouteilles tous les jours pour le plaisir des touristes. Pour boire un jour la Romanée-Conti, il faut d’abord économiser.

Vous pouvez ainsi chaque semaine mettre 5 euros dans votre tirelire. Au bout de 25 ans vous aurez tout juste assez pour acheter une bouteille du fameux nectar.

Mais manque de pot le domaine vous oblige à prendre en plus une caisse de 12 ou 13 bouteilles de leurs autres vins. Et là ça chiffre pas mal car ce sont la Tâche, Richebourg, Grand-Echezeaux, Romanée Saint-Vivant…
Bref, à ce rythme-là, pour boire un jour la Romanée-Conti, il vous faudra économiser pendant 35 ans. Vous pourrez alors vous offrir une caisse en primeur. Enfin vous le croyez….

Ce serait quand même un peu trop facile! Car pour espérer boire un jour la Romanée-Conti, il faut en plus montrer patte blanche. Il faut, en effet, obtenir une allocation auprès du domaine, c’est-à-dire trouver une place sur l’interminable liste d’attente des acheteurs potentiels.

Donc en fait, la meilleure chance de boire un jour la Romanée-Conti ce n’est vraisemblablement pas au domaine. C’est plutôt dans un grand restaurant étoilé. Il faudra de toute manière que votre tirelire soit bien remplie car ce vin n’est buvable et vraiment bon qu’après plusieurs décennies. Et plus il est vieux, plus il est cher…
Espérons que d’ici-là vous ne serez pas sénile !

Idée n°2 pour boire un jour la Romanée-Conti: Séduire un milliardaire

Maintenant vous le savez, il ne suffit pas d’être riche pour boire un jour la Romanée-Conti. Il faut d’abord la trouver. Alors pourquoi pas opter pour une méthode plus radicale ?

Et là un milliardaire peut vous aider en achetant par exemple la bouteille aux enchères. Il faut tout de même qu’il soit bien accro. Car pour vous donner un ordre d’idée, à la dernière vente aux enchères d’Hong Kong 114 bouteilles (6 de chaque année entre 1992 et 2010) ont été vendues pour la modique somme de 1,3 million d’euros, soit plus de 11 000 euros la bouteille.

Surtout au moment tant attendu de déguster le breuvage et de plagier Bernard Pivot en vous exclamant « Lorsqu’on trempe ses lèvres dans un verre de Romanée-Conti, on ne boit pas seulement un vin exceptionnel, on boit de la géographie, de l’histoire, on boit aussi et surtout de la mythologie », assurez-vous qu’il s’agit bien de LA vraie Romanée-Conti. C’est vrai qu’à ce prix-là ce serait bête de boire une contrefaçon.

Juste pour vous avertir, en octobre dernier la police a démantelé un gang qui avait réussi à écouler près de 400 bouteilles frauduleuses pour la modique somme de deux millions d’euros. Ça fait réfléchir !

Dernier conseil pour boire un jour la Romanée-Conti : Faites attention si le milliardaire en question est russe et qu’il a tendance à mélanger le breuvage avec du Coca. Vous risquez alors de bloquer tous les approvisionnements futurs et de vous faire pas mal d’ennemis (parmi les milliardaires). Pour la petite histoire, le domaine ne livre plus à Courchevel pour cette raison précise. Tant pis si vous vouliez vous faire un vin chaud !

Idée n°3 pour boire un jour la Romanée-Conti: Séduire Aubert de Villaine, le co-propriétaire du domaine.

Alors là les choses se corsent. C’est vrai que ce n’est pas la méthode la plus simple pour boire un jour la Romanée-Conti. Mais c’est certainement la plus sûre.

Je sais que ça ne va pas en arrêter certaines mais je tiens à vous prévenir que l’homme va quand même sur ses 74 ans. Il est plutôt du genre discret et austère (là on est très loin du milliardaire russe). Mais pour vous rassurer, sachez qu’avant de reprendre le fleurissant domaine, l’homme a étudié la littérature, le droit et a même été journaliste aux Etats-Unis.

Par contre, vous arrivez un peu après la bataille, car c’est Pamela, une belle américaine rencontrée à New York qui a déjà joué le coup et l’a épousé en 1971. Elle a d’ailleurs fondé avec lui le « Domaine Aubert & Pamela de Villaine » à Bouzeron, dans les vignobles de la côte chalonnaise. Depuis 2000 Aubert s’est même associé à son cousin, Larry Hyde, pour fonder le domaine viticole HDV (Hyde de Villaine) dans la Napa Valley en Californie. Dur de faire mieux !

Idée n°4 pour boire un jour la Romanée-Conti: Séduire un autre membre de la famille

Bon comme Aubert est pris, une autre idée pour boire un jour la Romanée-Conti est de se rabattre sur un membre de la famille. Mais là comme on en est en Bourgogne c’est assez compliqué. Il va vous falloir un peu de patience pour refaire l’arbre généalogique et retrouver les propriétaires potentiels sur qui vous allez jeter votre dévolu.

Remontons à 1760. Je vous épargne la partie médiévale, de toute manière le domaine appartenait à des moines. On ne risque pas de trouver une descendance connue de ce côté-là. Donc en 1760, Louis-François de Bourbon, prince de Conti, achète le domaine pour sa consommation personnelle (6 000 bouteilles par an pas mal !). Il ajoute son nom, Conti, à l’appellation Romanée. Malheureusement aucun bon parti à chercher ici car le nom a disparu et les terres leur ont été confisquées à la Révolution devenant ‘bien national’.

C’est en 1869 que le négociant, Jacques-Marie Duvault-Blochet (l’ancêtre d’Aubert de Villaine) le rachète. Le problème c’est qu’après il lègue la propriété à ses filles qui ne portent pas le même nom, ce qui complique pas mal les explications… Bon j’essaie quand même.
Sa fille Henriette Dupuis lègue le domaine à Marie-Dominique Gaudin de Villaine (la branche d’Aubert, jusque-là vous suivez ?) et à Jacques Chambon. On ne sait pas trop pourquoi, mais lui décide de vendre la poule aux oeufs d’or en 1942. Le nouveau propriétaire, Henri Leroy n’a bien sûr que des filles qui ne portent pas le même nom…
Donc pour la faire simple, aujourd’hui il y a deux familles propriétaires : les De Villaine (les descendants Jacques-Marie Duvault-Blochet – enfin pas tous ses descendants) et les Roch et Fenal (descendants d’Henri Leroy).
Bref si vous espérez boire un jour la Romanée-Conti à votre mariage, il ne faut pas se planter. La généalogie en Bourgogne c’est plutôt technique !

Idée n°5 pour boire un jour la Romanée-Conti: Ecrire une chanson

Avis aux artistes : On peut aussi boire un jour la Romanée-Conti en étant sans-le-sou. Vous pouvez ainsi vous inspirer de la bourguignonne, Anne Sylvestre, qui a composé un tube (bourguignon j’entends) à point nommé ‘La Romanée-Conti’. Elle a obtenu ainsi une bouteille du vin mythique.

Tout ça pour dire que si vous arrivez à boire un jour la Romanée-Conti et si vous dénichez la fameuse bouteille, merci de partager! Car pour nous autres ce ne sera pas demain la veille.
Pour en savoir plus :

Boire un jour la Romanée Conti

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This entry was posted on 24 October by in Idées Fun, Le vin dans tous ses états and tagged , , , , .